Etude sur les "shuto"
(Shomen, yokomen uchi...) |
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L’Aïkido ne comporte pas un nombre important de shuto. En fait, il n’en
utilise que deux que l’on désigne sous les noms de
shomen uchi et yokomen uchi.
Ces coups sont souvent exécutés de manière symbolique par les
pratiquants. Ce sont pourtant des attaques à part entière, que nous
allons étudier ici.
Trop fréquemment on peut voir les attaques shomen et yokomen uchi être
données du bout des doigts, un peu mollement, avec complaisance
dirons-nous. Dans ce cas-là, tori ne peut construire véritablement sa
technique puisque l’attaque n’en est pas vraiment une. Mais le problème
vient bien souvent de uke, qui ne sait pas ce qui se cache derrière ces
deux shuto (attaques avec le « sabre » d’une main ouverte).
Pour bien comprendre ce qu’est un shuto, commençons par un peu d’étude
des kanji. Shuto s’écrit 手刀. Le mot« shu » pour la main en lecture
sino-japonaise (« shou » en chinois pinyin) est intéressant car il nous
est souvent plus familier dans sa prononciation japonaise « te ». C’est
le mot utilisé dans les noms de saisie comme katate dori par exemple. Le
second kanji, « to » en lecture sino-japonaise (« dao » en chinois
pinyin) est celui du sabre, de la lame. On le retrouve dans des mots
tels que Bokuto, qui signifie « sabre en bois », l’autre nom du
Bokken, ou encore tanto qui veut dire «sabre
court ». La prononciation japonaise nous est alors franchement familière
puisque « to » devient « Katana ». Par
conséquent, shuto signifie « main + sabre », et se dit aussi te Katana,
un terme beaucoup plus parlant. En effet, ce terme est souvent utilisé
pour dire aux pratiquants : votre main doit s’utiliser comme un sabre.
Concrètement, il faut tendre les quatre doigts (pas de doigts mous) et
il est préférable de les coller entre eux. Le pouce se range le long de
la main et ne doit surtout pas être libre, sous risque se faire saisir
ou d’être malencontreusement retourné, ce qui est très douloureux. La
frappe se fait avec la tranche de la main, du côté du petit doigt.
Pour un débutant, l’idée d’attaquer avec la main ouverte et de frapper
sur la tête ou à la base du cou n’a pas toujours beaucoup de sens. Cela
paraît inefficace et dangereux pour les doigts ou les os de la main.
Mais ces attaques à main ouverte sont pourtant les plus efficaces que
l’on possède dans les arts martiaux. Pour preuve, si nous faisons un
tour du côté du Karaté, les formes originales d’Okinawa que l’on trouve
encore aujourd’hui (Wado ryu, Gojo ryu, Uechi ryu…) se pratiquent avec
les mains ouvertes. La pratique des poings fermés dans les jutsu
japonais est une déviance imposée par l’occupation américaine après la
seconde guerre mondiale.
Pour shomen uchi, la frappe se fait de haut en bas. Elle exprime la
coupe du suburi de base que tous les pratiquants de sabre connaissent
bien. La cible n’est pas le nez ou le front, mais le point tento qui se
situe à la jonction de la fontanelle antérieure. Tento se traduit par «
ciel renversé », ce qui est une assez bonne image de son résultat en cas
de choc. C’est un peu comme si « le ciel vous tombait sur la tête »
auraient dit nos ancêtres les Gaulois. Un coup percutant sur ce point
provoque une commotion cérébrale, qui trouble la vue, coupe les jambes
et peut entraîner la mort selon la puissance de l’onde de choc dans le
cerveau.
Pour yokomen uchi, le coup part lui aussi du sommet de la tête et va
jusqu’à la base du cou. La poursuite du mouvement en Aïkido se fait le
long des bords du Keikogi. C’est la symbolisation des coupes kesa giri
et gyaku kesa giri au sabre. Toutefois, si l’on suit cette trajectoire,
un shuto entraîne au mieux la rupture de la clavicule. Pour lui rendre
ses origines, cette attaque doit avoir un angle un peu plus horizontal
pour passer à travers les muscles du cou et déplacer ou briser les
cervicales. Le point de rupture se fait au niveau de keichu, le « centre
du cou », soit entre la 3ème et la 4ème cervicale. L’autre solution
consiste à frapper au niveau de la tempe, autre point faible bien connu
de la Boîte crânienne.
Bien sûr, pour qu’un shuto soit efficace, il faut savoir le donner.
L’impact se fait au niveau du côté de la paume, ce que l’on appelle le «
sabre », plutôt vers la moitié supérieure du tranchant que vers le
poignet dont l’articulation est fragile. En aucun cas les doigts ni le
poignet ne doivent être touchés, sinon gare à la douleur. Pour pouvoir
frapper avec puissance, cela nécessite un minimum d’entraînement et
d’endurcissement de la main, deux types de travail complètement absents
de l’Aïkido. Dommage, pas dommage ? C’est à chacun d’en décider. Une
chose est sûre cependant : l’entraînement à donner ces coups, notamment
en frappant sur le tatami, permet de mieux comprendre ce que
représentent ces attaques, d’apporter à tori ce dont il a besoin pour
améliorer sa technique pour mieux les contrer et d’augmenter ainsi la
présence et la puissance. Une fois ce travail effectué, il est plus
facile de passer à autre chose et d’oublier ces attaques meurtrières
pour se consacrer aux sens et aux symboles de la pratique de l’Aïkido. |
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